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Terrain · Anthony

Recensement des échouages de DCP dérivants à Makemo et Marutea Nord

Deux membres de l'équipe de recensement près d'une habitation ; l'une, accroupie, examine une balise de DCPd posée dans l'herbe.

Du 15 au 22 février 2026, la Direction des ressources marines a conduit une mission de recensement des DCPd échoués à Makemo et à Marutea Nord, aux Tuamotu. TAHITI FADWATCH y participait aux côtés de la Communauté du Pacifique et de la Tahitienne des Secteurs Publics.

Aux Tuamotu, des atolls bas sont disposés en travers des courants dominants. Leurs littoraux sont longs, beaucoup de leurs motu sont inhabités, et ce que la mer apporte y reste. Les DCPd en dérive finissent par s'y accrocher.

Cette géographie favorable aux échouages avait déjà justifié une première campagne de recensement aux Tuamotu, en 2022. Makemo n'en faisait pas partie. La mission de février 2026 s'inscrit dans sa continuité.

Pour TAHITI FADWATCH, invitée par la Direction des ressources marines (DRM), la mission tombait au bon moment. L'atelier international sur les DCPd s'était tenu à Tahiti la semaine précédente : la mission offrait une mise en situation directe, pour voir de nos yeux les impacts qui venaient d'y être décrits. Elle était aussi l'occasion d'apprendre les procédés de la Communauté du Pacifique (CPS) : sa méthode de recensement et ses recommandations à l'échelle régionale, mais aussi la perception des habitants et la réalité opérationnelle sur place.

Sur place, nous avons participé aux relevés des DCPd, réalisé des prises de vue et échangé avec les habitants.

La mission s'est ouverte par une réunion publique, suivie de rencontres en porte-à-porte. Les littoraux, habités et inhabités, ont ensuite été relevés à pied, en bateau et par drone. Seules les balises ont été collectées, pour être rapatriées plus tard et traitées à Tahiti dans la filière des déchets d'équipements électriques et électroniques.

Trois constats ressortent de cette mission.

En mer, d'abord. Sur la seule traversée entre Makemo et Marutea Nord, trois DCPd ont été croisés. Semi-immergé, un DCPd en dérive est un danger pour la navigation entre les îles, a fortiori de nuit.

Sur le littoral, ensuite. À Marutea Nord, l'objectif était de recenser une île déserte, déjà recensée auparavant par les ambassadeurs de l'environnement de la Tahitienne des Secteurs Publics (TSP). Le relevé a presque rendu invisible l'action qu'ils y avaient menée deux ans plus tôt. Sur place, ce sont les coraux qui portaient la marque des échouages : le radeau d'un DCPd racle le corail vivant du platier, et ses filets s'y enchevêtrent. Avec le temps, flotteurs et bâches se fragmentent en microplastiques, et les balises laissent batteries et composants électroniques sur des littoraux dépourvus de filière de traitement.

Auprès des habitants, enfin. Ils ne subissent pas passivement ces échouages : ils démontent les DCPd et réemploient ce qui peut l'être. PVC, filets, bambous, flotteurs et panneaux solaires sont identifiés, recherchés et réutilisés selon les besoins du moment, jusqu'à devenir hamacs ou chargeurs solaires. C'est une compétence locale réelle. C'est aussi une piste pour la revalorisation : ce qui est réemployé sur place n'a pas à être rapatrié vers Tahiti.

Pour les Paumotu que nous avons rencontrés, le phénomène n'est plus un événement. La génération actuelle l'a vu croître depuis l'enfance, et la suivante est née avec.

Ce que nous retenons de cette mission tient en une phrase : le verrou n'est pas la méthode. La méthode de relevé existe, et elle est éprouvée à l'échelle régionale. Ce qui manque, c'est la donnée. Chaque relevé suppose aujourd'hui d'envoyer une équipe depuis Tahiti, et un territoire aussi dispersé ne peut pas être couvert régulièrement de cette façon.

Or les habitants des atolls sont sur le littoral tous les jours. Ils identifient les DCPd et en connaissent les composants. Leur regard est un atout pour suivre les échouages dans la durée, à condition de leur donner un cadre pour le transmettre.

C'est aussi ce qui donne un sens concret à notre ambition : devenir le relais opérationnel, en Polynésie française, de la dynamique régionale de collecte en mer des DCP dérivants, en nous appuyant sur les dispositifs existants et sur celles et ceux qui vivent dans les îles.

Un DCPd observé. Une position signalée. Une photographie. Un échouage rapporté. Si vous croisez un DCPd, en mer ou sur le littoral, signalez-le à la Direction des ressources marines avec le bouton « Signaler un DCPd » de ce site. Chaque signal peut permettre d'anticiper.

Avec le soutien de

Illustrations

Filets d'un DCPd échoué enchevêtrés sur un bloc de corail du platier.

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